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SKUG (Sei Miguel and Rafael Toral)
By Noël Akchoté, Jul 2006


Bonjour et merci de bien vouloir répondre a ces quelques questions:
amicalement
Noel Akchoté


Bonjour. Et c'est moi qui vous remercie. Nous sommes le premier août. Désolé pour ce bon mois de retard.

Q: Vous semblez souvent insister sur le mot Jazz. Que represente pour vous le Jazz en tant que musique, qu´histoire musicale mais aussi personnelle? Le Jazz est-il pour vous synonyme de différence, de liberté dans le jeu mais aussi de fonction presque sociale (Big Bands, Dance Orchestras, Marching Bands, Clubs)?

Le jazz est une des musiques de mon enfance. Aujourd´hui il me justifie. Son histoire est un phénomène d'accélération difficilement explicable. Sa fonction sociale peut sembler discrète. Erreur. Cette musique est la seule à avoir appris, l'air de rien, à mettre les choses a leur place. Le jazz est un des rares piliers de la réalité cosmique.

Q: Chez vous la musique semble indissociable de la vie réelle, quotidienne et même d une organisation sociale. Peut-etre a l'image de Don Cherry vous donnez l'impression que vos groupes sont autant une communauté d individus avec qui vous vivez chaque jour que juste un ensemble d instrumentistes. Quelle-est votre conception et pratique du groupe?

Je ne me sens pas tout a fait le droit de répondre. Ma conception se perd en chaque individu. La pratique, en revanche, me rend trop dur. Étonnant est le partage: parfois des mois, parfois des années. Parfois des musiciens qui trouveraient aisément de meilleures conditions ailleurs. C'est à eux d'y répondre vraiment.

Q: Vous dites quelque part "Je me considère comme un musicien de Jazz même si cela n´est pas toujours facile". Qu'est-ce qui n est pas très facile? Le Jazz en 2006, la vie et l'histoire des musiciens de Jazz, le Jazz lui meme?

Il est important de ne pas avoir d'alibi. Je m'explique. Mettre en cause la source et la continuité et la conséquence a été un sauf-conduit pour nombre de musiciens, des années 70 à nos jours, sous chantage culturel: soit l'esprit et la forme continuent d'évoluer et vous ne fait plus "du jazz", soit vous "faites du jazz" et rentrerez sagement dans un mainstream à évolution lente sous étiquette "pop sophistiquée".

Je crois en la manière spécifique de cette musique. Pour outrepasser l'écriture, le temps, l'espace et l´acoustique même. Je ne plais donc ni aux profanes ni aux érudits. Et cela n'est pas toujours facile.

Q: Vous avez vécu à Paris dans les années 90, avez-vous eu des contacts avec des musiciens lá-bas (pas seulement français mais aussi avec l´ensemble des artistes etrangers vivant a Paris)?


nop. j'ai vécu à Paris dans les années 70. j´étais donc plutôt jeune et ne jouais d'aucun instrument. j'ai beaucoup vécu cette époque mais on irait hors-sujet alors stop.

Q: Pour quelle Raison a votre avis n etes vous pas present sur les scenes de Jazz européennes alors que justement le Jazz et les festivals y sont tellement nombreux et beaucoup représentés?

Il y a beaucoup de facteurs. Difficile d'en parler sans aigrir. Je me la boucle. Vous méritez mieux et moi aussi.

Q: Quel sens a pour vous l idée de musique ou Jazz européen?
Faites vous une difference dans les musiques selon le lieu ou elles sont nees, jouees, produites? (NY, Chicago, New Orleans, Paris, Lisboa, Oslo, Tokyo, Varsovie, Cairo, Soewto, Moscow etc)


Effectivement les lieux modulent leurs musiques. C'est poétiquement profitable. Tant que cela n'entache pas la solitude du citoyen du monde…

Q: Quel est votre parcours musical? D´ou venez vous et pourquoi la trompette?

Autodidacte. Multi-instrumentiste sans le vouloir puis trompettiste après un choix douloureux, illumination, saturne, Don Cherry et les autres.

Q: La chanson a-t-elle une place particuliere pour vous?

J'ai connu et aimé la chanson, un truc bien différent du standard, ce item métaphysique désormais esseulé. Ma première notion de phrasé est brésilienne puisque j'ai grandi là-bas. Mais la chanson est une forme littéraire de la musique. C'est la forme littérale qui me concerne.

Q : Je reviens une fois encore sur le terme de Jazz car precisement pour moi votre musique et votre jeu sont extremement Jazz (ce qui est très très rare actuellement d´ailleurs). Jazz dans le sens de grande liberte par rapport a l espace de jeu, de dialogue direct et permanent mais aussi dans le sens et le role du chef d orchestre. Tous les grands "band leaders" de l´histoire du Jazz dirigent leurs orchestres de l interieur et par leur jeu. Est-ce aussi votre approche ?

C'est une approche idéale. Pas toujours possible. Il y a du boulot pénible plus que je n'en voudrais. Par ma faute nous touchons là un sujet à caractère politique, plus complexe actuellement qu'il y a, mettons, cinquante ans. Une chose est sûre, une société plus sereine n'aurait que faire des leaders, même ou surtout en musique. L'exemple individuel suffirait. Le "sideman" est un personnage bien plus spirituel que son directeur (de conscience ?).

Vous avez compris, je dirige malgré moi. Je dirige depuis 1983, il me semble que pour brûler des étapes. Il me semble aussi que le vice du travail me poussa dans ce sillon. Aussi peut-être le désir de m'écouter autrement qu'à la seule trompette. Et ça est douteux n'est ce pas? et puis, pourquoi nier… Cage parlait de systèmes et d'objets sonores. J'avoue avoir une passion pour les systèmes et une passion coupable pour les objets sonores.

Q : Vous etes regulierement credite sur les albums comme compositeur, producteur. Qu est ce que ces differents roles representent pour vous? Quelle approche avez-vous de la production par exemple? Comment composez vous ? Est-ce que vous ecrivez pour chaque musicien en particulier ou bien partez vous d une idee generale ?

Je pars d'une idée plus que générale. Je pars de la seule idée. Pour l'étayer j'emploie deux unités, silence et timbre. Suite à une fausse vision et à une écoute vraie, je gribouille, c'est bien le mot, un "general score". Vient la confrontation, orchestrale, avec ce que j'ai en main ou peux avoir. J'en arrive alors, sur le plan technique et humain, aux musiciens qui me sont plus ou moins liés. Et qui sont en eux-mêmes des work-in-progress qui demandent des écritures distinctes. L'inévitable retour au "general score" est déjà de la nature de l'arrangement.

L'élaboration d'une méthode (deux méthodes pour être exact) m'occupe activement depuis quinze ans. Cela ne fait pas de moi un compositeur. Composition et improvisation sont des mots indissociables et, en ce qui me concerne, périmés. J'évoque là une des conséquences majeures de l'histoire du jazz, que nombre de compositeurs en musique contemporaine ont prédit sans réellement pratiquer les issues – et pour cause : ils demeurent compositeurs.J'utilise le "composed by" comme un vulgaire copyright. Si composition il y a, elle est en tout un chacun. Mon rôle manifeste est celui de directeur, orchestrateur et arrangeur de mon travail et de celui des autres. Cela représente un effort de l'intérieur vers l'extérieur de la musique. C'est l'exact mouvement contraire quand la production m'échoit.

Q : Quel est votre regard sur l état des musiques expérimentales, improvisées, électroniques ou autres en 2006 ?


Ces toujours "nouvelles musiques" sont des véhicules positifs et un peu trompeurs. Parce que incomplets.

Pas de malentendu ici ! de mon point de vue, quelqu'un comme John Stevens appartient à la continuité du jazz, autant qu'un Art Blakey ou un Eddie Prévost (sorry Eddie). Aucun d´eux ne souffre d'incomplétude bien évidemment. Revenons à nos véhicules incomplets.

C'est une illusion que d'accepter que l'on puisse définir une voie par le seul effort conceptuel ou technologique. Genre "et voilà le travail","on peut y aller" , "tout du moins on existe" . Voilà un cadeau post-moderne et empoisonné. En vérité les choses ne sont pas si simples.

Une voie nécessaire, aux multiples effets, possède multiples causes, a été crée -après maturation- par beaucoup d'individus, pour beaucoup de raisons, de là sa capacité dans la mutation et son insondable unité.

Q : Avec qui aimeriez vous jouer que vous n auriez jamais encore rencontré ?

Cette question est dangereuse. L'idée qu'on se fait des autres, en ce cas musiciens, est fatalement capricieuse. L'air du temps veut un producteur qui fait et défait les rencontres. Il en résulte souvent la bonne fortune des médiocres de tout bord. Au départ, la moindre des conditions serait une volonté partagée et authentique. Le gré des rencontres est du domaine mélangé de la magie et du sens commun.

Q : Que représente pour vous ou quelle image avez-vous du Jazz en 2006 ?

Le jazz doit se méfier de la culture, bien plus que du commerce.


 








 
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